• De Chambéry à Moscou, voyage dans l'Histoire

     

    Chambéry, Place Métropôle, à l'aube de la braderie de Printemps. C'est ici que nous établissons notre étalage de bric et de broc dont la vente servira au financement du voyage. 

    15 mai : en route pour l’Asie Centrale, via Moscou où nous profiterons d’une halte de 3 jours. Nous partons de Curienne l’esprit léger, après 6 mois de préparation intense.

    Le train au départ de Chambéry nous emmène d’abord a Berlin où nous faisons une étape nocturne de quelques heures qui nous permet de visiter la ville. Sacs a dos solidement harnachés, nous partons à la découverte des monuments historiques de la capitale de l’Allemagne réunifiée. Les 6 heures de pause passent à toute vitesse. Cette ville est un véritable musée à ciel ouvert qui nous ramène aux épisodes les plus sombres de histoire du siècle qui nous a vu naître. Berlin a subi les pires régimes autoritaires : nazisme puis communisme. Aujourd’hui, elle semble mettre un point d’honneur à accomplir un devoir de memoire pour que ces tristes épisodes ne se répètent jamais. Mémoriaux, musées, monuments restaurés, vestige du Mur qui a divisé l’Europe pendant plus de trente ans… Nous parcourons le centre ville les yeux grands ouverts, en nous rappelant nos cours d'histoire. Tout cela parait incroyable.
    Depuis 1989, Berlin revit. Le chantier de reconstruction qui a suivi la chute du mur semble terminé. Il s’agit maintenant d’une ville qui brille, flamboyante, à l'architecture avant-gardiste, résolument tournée vers l'avenir.

    Nous reprenons notre chemin au petit matin, dans la gare flambant neuve Hauptbahnhof qui contraste avec le train russe qui nous emmène à Moscou. La montée en voiture est saisissante : nous changeons immédiatement d’ambiance. Finis les trains modernes filant à toute allure, notre véhicule est décoré de tapis vieillots, les couleurs sont ternes. Nous faisons connaissance avec la responsable du wagon. Elle ne parle que russe.

    Durant les 24 heures de trajet entre Berlin et Moscou, je commence à prendre conscience du voyage. C’est ici qu’il démarre réellement : les référentiels changent. Les paysages, l’architecture, la langue, le comportement des gens… La traversée de la frontière biélorusse nous propulse définitivement dans le voyage et la découverte. Derrière nous : l’Union Européenne sans frontière. Devant nous : l’ancienne URSS, le colosse communiste! Je suis à vrai dire intimidé, par cette région dirigée d’une main de fer, à l’histoire si différente et si proche de la nôtre à la fois.

    Le passage de la frontière est long. Deux contrôles de part et d’autre d’une rivière, longée par une barrière jaune à perte de vue. A chaque fois, 5 ou 6 personnes différentes qui auscultent nos papiers et la cabine. Certains prenant l’air sévère, d’autres engageant la discussion. A la ville frontalière de Brest, de nouveau un arrêt. Il faut changer les bogies pour cause d'écartements de rails différents entre Europe et Russie. A l’époque où le réseau ferré européen était en pleine construction, le tsar décida de ne pas prendre le même écart, par crainte d’une invasion  par l’Ouest.

    Le train redémarre : autour d’immenses usines, des maisons basses avec toits en taules, des rues non goudronnées. Les gares comportent encore souvent le symbole du communisme : faucille et marteau.

    Nous arrivons le lendemain matin à Moscou.

    Fabien

    Moscou, l'autre Europe

     

    Nous descendons à la gare de l’Ouest Bielorusskaia. Du monde, beaucoup de monde pour des Savoyards! Des dispositifs de sécurité omniprésents : hommes armes, appareils de contrôles radioscopiques…

    Nos visas russes n’ont pas été tamponnés dans le train. Nous souhaitons savoir si cela est nécessaire. La conversation est laborieuse, premier pas dans la langue russe. Ici, peu de gens sont anglophones. Nous suivons un homme dans la salle des guichets. Il s’adresse à l’administration. Il parle très fort, peut être en croyant que nous le comprendrons mieux… Nous clôturons rapidement la discussion, rien compris. Dans la cour de la gare, une jeune femme nous adresse la parole en anglais. « Avez-vous des problèmes de passeport? » Nous nous expliquons. Nos visas russes n’ont pas besoin d’être tamponnés : il n’y a pas de frontière entre la Biélorussie et la Russie. Nous sympathisons immédiatement. Daria est d’origine Turkmène, et vit à Moscou depuis plusieurs années. Nous déjeunons ensemble. Elle nous hébergera et nous fera visiter Moscou durant nos trois jours d’étape, avant de reprendre le train en direction de Bichkek. Nous ne logerons finalement pas chez Mikhail, un ami francais qui nous a gentiment prêté son appartement. 

    Moscou est une ville gigantesque : plus de 10 millions d’habitants. Un centre ville historique magnifique parsemé de superbes monuments : la place rouge, entourée du Kremlin et de la Cathédrale de Saint-Basile Le Bienheureux, le théâtre Bolchoï, de multiples églises orthodoxes, les 7 grattes ciels staliniens… D’immenses parcs et la rivière de Moscou aère la mégalopole.

    Cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux vue de la Place Rouge. 

    Le métro de Moscou, essentiellement construit à l’époque de l’URSS, est peut être ce qui nous aura le plus surpris. Les stations sont dignes de cathédrales. Des sculptures, des peintures, des mosaïques font la gloire de la Russie soviétique.

    Dans la rue, c'est le défilé de mode permanent. Les femmes moscovites sont belles et pimpantes, certaines à la limite du vulgaire.

    Le centre ville contraste fortement avec les quartiers périphériques. Immenses secteurs d’immeubles bétonnés vieillissants, qui s’étalent a perte de vue et rappellent les difficultés économiques d’un pays qui a été confronté à de profonds changements ces 20 dernières années.

    La politique n’est pas un sujet tabou. Nous avons pu discuter librement de Poutine, de l’héritage soviétique.
    Si les personnes ayant travaillé à l’époque soviétique sont nostalgiques, les jeunes semblent plus tournés vers l’avenir. Les parents regrettent un passé révolu ou tout le monde avait un travail et accès à une éducation et aux soins médicaux gratuits. Les enfants sont beaucoup plus distants. « Staline a fait plus de morts que la seconde guerre mondiale! » nous explique une jeune russe. On nous défend Poutine et Loukatchenko (le président de la Bielorussie). « Poutine a su contenir le pouvoir de la mafia qui s’était mis en place au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique. La Russie a besoin d’un homme de poigne pour être dirigée. Sans poutine ce serait pire ». Quant a Loukatchenko, « il a su remettre les gens au travail, en rouvrant les usines ».
    Dans la même conversation, nous retrouvons le discours xénophobe que l’on connait en France. « A 5h30 du matin, dans le métro, il n y a que des visages asiatiques, des gens qui vont au travail. On ne se sent plus en Russie. » Les kirghizes et tadjikes constituent une importante main d’œuvre bon marche en Russie. 

    Ce sont eux que l’on retrouve sur le quai de la gare de Kazanskaya, pour le train de Bishkek, le dimanche 20 mai.

    Fabien

    Moscou-Bishkek :

    la douceur du voyage en train 

     

     

     

    Nous partons à 23h00 pour trois jours de train. Daria monte avec nous dans le wagon pour faire les présentations avec nos voisines de compartiment : Galina et Natalia, deux jeunes babouchkas moscovites qui vont voir la famille restée au Sud du Kazakhstan et Narguiza, jeune kirghize qui rentre au pays après 7 mois de travail a Moscou, dans une boulangerie. 

    Nous sommes en troisième classe. Un wagon est constitué d’une dizaine de compartiments communiquant les uns avec les autres. Dans chaque compartiment, 6 couchettes : 3 en bas, 3 suspendues. L’ambiance est détendue et calme, nous faisons petit à petit connaissance avec les autres compartiments. Nous sommes la curiosité du wagon : les gens viennent discuter avec nous ou nous interpelle dans les gares où nous faisons arrêt. Nous partageons nos repas et l’on nous offre des fruits et des légumes.

    Kanaï travaille dans le bâtiment à Moscou. Une jeune mère kirghize, coiffeuse, vient passer des vacances en famille. Une mère moscovite accompagnée de ses deux filles, vient elle aussi passer des vacances a Bichkek dans sa maison d’enfance où elle a vécu jusqu’a l’effondrement de l’URSS. Un gros brassage de personnes aux origines et aux vies différentes, ayant été rapproché par l’époque soviétique. Le Kirghizstan est un pays multi culturel où l’on y retrouve des communautés russes, allemandes, ouzbeks, chinoises, tadjikes... résultat d’une histoire tourmentée.

    Les arrêts permettent de se dégourdir les jambes et de faire le plein de provisions. Sur les quais, des petites épiceries ouvrent à l’arrivée du train. Les vendeurs à la sauvette s’installent et vendent nourriture (du poisson fumé aux boites de chocolat de Noël), boissons (bière et vodka bien sur) et des jouets.

    Nous passons la frontière kazakh en pleine nuit. Les agents tamponnent les visas et inspectent les compartiments. Un chien traverse le wagon : narcotrafic nous dit-on!

    Nous nous réveillons dans un paysage de steppes sèches, sans fin, monotones. Nous observons nos premiers chameaux. Nous passons près de la mer d’Aral ou tout du moins ce qu’il en reste.

    Le lendemain, dernier jour de ce voyage en train, le paysage reverdit mais reste monotone. De petits villages d’éleveurs s’égrainent le long de la voie ferrée.

    Le soir, un douanier kazakh joue les gros bras : notre bière posée sur la table est soit disant interdite (tous les hommes boivent de la bière dans ce train!), la lame de mon opinel est trop longue. Insistants et envahissants (il commence a fouiller nos pochettes), nous attendons l’instant ou il va falloir payer pour toutes ces entorses à la loi, créée spécialement en notre honneur... Ce petit jeu agaçant cesse à l’instant où passe la responsable du wagon. 

    La frontière kirghize approche : nous apercevons enfin les montagnes enneigées de l’Alatau kirghiz!

    A la frontière, un agent kirghiz en costume militaire me fait signe de descendre du train, seul. Galvanisé par les discours des kirghizes qui nous vendent les vertus de leur pays depuis deux jours, je ne m’inquiète pas. Je me retrouve au poste, face à un homme qui cherche à en savoir plus sur les objectifs de notre voyage. La conversation est lente et laborieuse. J’ai du mal à le comprendre. Satisfaits des vagues renseignements que j’ai pu lui fournir, il m’invite à fumer une cigarette puis une deuxième avec un de ses autres collègues, parlant cette fois anglais. Fierté kirghize et virilité en sujet de discussion.

    Dans le train, nos compagnons de route s'activent, troquent leur tenue pantouflarde du dimanche matin contre leurs plus beaux habits, coiffure impeccable, parfum et maquillage pour les femmes. Les discussions deviennent de plus en plus bruyantes et animées. A 2h30, l’arrivée à Bichkek est festive. Les familles montent dans le train,  se saluent en s’embrassant sur la bouche. Le frère de Narguizia, chauffeur de taxi nous pose devant l’immeuble de Simon. Bienvenue a Bichkek!

    Fabien


  • Commentaires

    1
    Bubune
    Dimanche 17 Juin 2012 à 08:00



    j' ai dévoré la lecture du récit d' une traite ! quel plaisir de pouvoir partager ce début de voyage avec vous c 'est si bien écrit que l' on a l' impression d' être à vos côtés , de voir ,de sentir , de ressentir ......bref, de voyager !   encore encore encore...........  







    2
    Vadelse Profil de Vadelse
    Dimanche 17 Juin 2012 à 18:08

    Bravo pour ce récit. Et bien ...quelle avanture !!!! Echanges et découvertes , vous en reviendrez plus riche de l'intérieur. Quelques situations tendues qui démontre qu'il faut rester vigilant. Allez, eclatez vous et racontez vite la suite !!!! Bisous a vous deux. Will

    3
    Vieille squaw
    Mercredi 4 Juillet 2012 à 13:03

    J'attends la suite avec impatience, on est déjà en juillet ...

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