• Arménie

    Arménie, mélancolie

      

    ArménieNous quittons l'Iran pour l'Arménie le 26 août. Nos premiers pas en Arménie, Perrine en profite pour oter le voile qu'elle commençait à avoir du mal à supporter. L'entrée en Arménie se fait facilement. Nous obtenons notre dernier visa d'une série de 9 en une petite demi heure.
    Nous faisons notre première étape à Meghri, ville frontalière. Nous logeons dans un appartement de style soviétique délabré, dans un quartier de hautes tours où tout semble s'être arrêté depuis plusieurs dizaines d'années. Il n y avait plus de place au bed and breakfast, une famille nous a invité.

    Ci-contre, fin d'une longue série de 9 visas, héritage de l'époque soviétique...

     

    A Meghri, nous réalisons petit à petit le choc culturel de part et d'autre de la frontière. Les mosquées sont remplacées par des églises, les tenues vestimentaires changent radicalement, surtout pour les femmes : petites tenues d'été, sans voile bien sûr! Certains hommes sont en short et t-shirt. Du jamais vu depuis le Kirghizstan!
    La gente masculine est marquée par la cigarette et l'alcool, consommés en grande quantité ici...
    Nous retrouvons aussi les sourires "dents en or" que nous avions perdu en Iran mais qui semble commun aux anciens pays soviétiques parcourus jusqu’à maintenant.
    Les maisons sont en pierre alors qu'elles étaient en brique en Iran.
    Les Renault, Peugeot et moins connues Khodro sont remplacées par les Lada encore largement présentes ici, héritage de l'époque sovietique.
    Même le paysage change radicalement. Aux steppes et déserts, le paysage se métamorphose en peu de kilomètres en verts pâturages d'altitude et versants couverts de forêts.
    Chez nos hôtes, nous faisons connaissance avec une jeune femme récemment diplômée a l'Université de Yerevan, pour devenir professeur d'anglais. Elle nous explique qu’elle souhaite travailler à l'école russe de Meghri, la meilleure de la ville. La Russie semble exercer encore une forte influence sur le pays du fait notamment de sa présence militaire.
    Nous apprenons que le mariage a lieu très tôt (généralement entre 18 et 23 ans), que les femmes boivent et fument très rarement et qu’elles sont ouvertement subordonnées a leur mari. Nos expériences suivantes le prouveront. De nombreuses fois, les femmes nous répondrons, lorsque nous les solliciterons pour nous montrer leur jardin ou leur ville : "il faut que je demande a mon mari". Autre point à rajouter : nous n'avons vu aucune femme au volant en Arménie, contrairement en Iran... (la condition féminine en Iran s'avère assez paradoxale et parfois plus libre qu’en Arménie... ).
    Côté paysan, nous redécouvrons la paysannerie kirghize ou tadjike. Ici, même dans les petites villes, tout le monde possède un jardin, quelques vaches, des poules, un ou deux cochons et un alambic pour distiller son eau de vie (chose nouvelle pour nous puisque nous étions auparavant en pays majoritairement musulman). Une agriculture de subsistance pour faire face au manque d'argent.

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    Les désagrements des vieux camions soviétiques... au retour des foins de bon matin.

    Le pays est marqué par d'importantes difficultés économiques et diplomatiques (récente guerre avec l'Azerbaïdjan) : la transition depuis l'époque soviétique s'est avérée catastrophique. Dans chaque famille que nous croisons, nous entendons parler de la diaspora arménienne. Beaucoup ont de la famille partie en France bien sûr mais aussi en Russie, pour trouver du travail. Plusieurs arméniens nous demanderons si nous avons connaissance du génocide arménien.
    Voici résumé, notre remontée progressive vers la Géorgie : 10 jours au cours desquels nous observerons une agriculture et des paysages très diversifiés.

     

    Chez Orik, apiculteur

     
    A Goris, ville située dans le Sud du pays, nous nous arrêtons 2 jours. Nous sommes mis en contact par le gérant de notre "bed and breakfast" avec un apiculteur professionnel qui possède 180 ruches.

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    Orik récupère les cadres qui seront ramenés dans la vallée pour recolter le miel.

    Nous nous rendons au rucher situé quelques kilomètres au dessus de Goris. La, nous trouvons Orik l'apiculteur et son neveu Gricha en pleine récolte. Ils sont en train de retirer les cadres, remplis de miel, qu’ils vont ramener à la miellerie pour en extraire le précieux liquide.
    Ils sont ici a l'altitude maximale de leur circuit de transhumance. Les abeilles y produisent un excellent miel de fleurs de montagne.
    Elles sont déplacées 4 fois, de 10 a  15 km, dans une saison qui s'étale d'avril à septembre et restent à chaque fois, environ 1 mois au même emplacement.
    L'hiver, elles sont mises à l'abri chez l'apiculteur, à Goris. La mauvaise saison est froide et enneigée ici. 


    Orik et Gricha récoltent le miel de fleur du mois d'août, en montagne, au dessus de la ville de Goris. Nous peinons à nous remettre au russe mais parvenons quand même à comprendre l'essentiel, concernant le circuit de transhumance et le rythme de travail... et surtout, l'invitation à venir chez l'apiculteur le soir même pour l'extraction tout en trinquant avec de la vodka.

    Orik nous invite à la miellerie, située dans son garage. Nous nous y rendons le soir même et faisons la connaissance de sa famille, qui donne un coup de main pour l'extraction du miel.La fille d'Orik, Nelly, parle anglais. Elle sera notre interprète pour la soirée.
    Elle nous explique les travaux en cours. La première étape consiste à "désoperculer" les alvéoles pleines de miel. Le matériel est rudimentaire et l'opération est simplement effectuée à l'aide de fourchettes. On enlève le fin bouchon de cire (ou opercule) qui bouche chaque alvéole. La cire et la petite quantité de miel ainsi retirées sont conservées pour nourrir les abeilles pendant l'hiver.

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    Toute la famille au travail pour extraire le miel, dans une bonne ambiance.

    Le cadre est ensuite posé dans l'extracteur manuel. En activant la manivelle de plus en plus vite, Rajmik le fils d'Orik, projette le miel sur les parois du bac en inox. Le miel est ensuite mis directement en pot, sans filtration ou décantation. Orik possède une clientèle familiale et n'a pas de mal à vendre sa production. On lui passe commande par téléphone et l’on vient directement chercher le miel chez lui. Le kilo est vendu entre 10 et 20 dollars suivant la réputation du miel (le miel d'altitude, plus fin, se vend plus cher). Orik produit aussi de la propolis qu’il vend 15 dollars le kilo.
    Nelly nous explique que son grand père déjà était apiculteur, son frère Rajmik souhaite reprendre l'entreprise.


    Alors que l'extracteur tourne à plein régime, Nelly, la fille d'Orik, nous présente sa famille et nous explique qu'ici on est apiculteur de père en fils.

    Elle nous parle aussi de ses projets : à la rentrée, elle ira vivre à Yerevan, la capitale, pour étudier les langues. Elle veut devenir interprète espagnole. L'Espagne la fait rêver. Elle nous déclare fièrement qu’elle est dauphine de Miss Arménie.
    Pendant ce temps, son cousin Gricha s'occupe de faire boire les convives et les hommes de la famille. L'eau de vie coule a flot. On fait soit même l'alcool à partir de pêches, abricots, mures ou prunes... Elle titre tout de même à 65 degrés!

     

     

    Na zdorovje!*

      

    Le lendemain, nous consacrons la journée aux visites touristiques de la région. Entre autres, l'inévitable monastère de Tatev, situé à une trentaine de kilomètres et que nous rejoignons en stop. Notre chauffeur, fort sympathique, nous invite chez lui pour passer la nuit.
    Nous découvrons en fin de journée le monastère du IX eme siècle, âge courant pour les bâtiments religieux en Arménie, le pays ayant été le premier à avoir adopté la Chrétienté, en l'an 301! Beaucoup de visiteurs arméniens ou étrangers. Le tourisme arménien repose essentiellement sur les nombreux monastères ou églises du pays.

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    Monastère de Tatev

    Après cette intéressante visite et la découverte d'un pan de l'histoire arménienne étonnamment moderne avant l'heure (voir texte en fin de page), nous retournons chez notre hôte qui nous a préparé une fin de repas arrosée! Encore une fois, les verres d'eau de vie s'enchainent. Difficile de refuser. Refuser, c'est comme rejeter l'hospitalité arménienne. La soirée est donc joyeuse. Accueil de rois!
    Le lendemain, nous continuons notre traversée arménienne en direction de la vallée de l'Arpa, réputée pour son vignoble, un des plus anciens au monde. nous sommes pris en stop par « VivaCell ».  3 salariés de VivaCell reviennent de mission dans le Sud du pays. Ils sont heureux de nous faire découvrir leur pays et nous font visiter chaque curiosité touristique (sites préhistoriques, monastères...). Un jour de travail qui en ferait rêver plus d'un... Nous sommes invités au restau, table au bord du torrent. A la fraîche, nous dégustons viande et poisson, accompagnés bien sûr d'eau de vie qu’il nous faut absolument goûter. Je commence à être fatigué par ce breuvage que l'on nous célèbre chaque jour mais il est impossible de refuser même en expliquant que mon ventre commence à s'en plaindre. Inimaginable ici! « Allez un p'tit verre, c'est le dernier! » « Mais bien sûr! » Et c’est comme ça que l'on se fait avoir, même en arrivant à échapper à une tournée sur deux (les arméniens boivent l'eau de vie comme du vin!).
    Résultat : la nuit suivante, ma santé gastrique se dégrade subitement. Je traîne durant une petite semaine ce désagrément et je soupçonne fortement l'eau de vie d'avoir tué toute forme de flore bactérienne dans mon estomac.

    Nous sommes déposés en fin de journée dans la localité d'Areni, un des villages du terroir viticole de la vallée de l'Arpa. Nous découvrons une vallee aride, semblable à l'Iran, cultivée pour le vin et l'arboriculture (essentiellement pêches et abricots). Au bord de la route, les paysans dans leurs petites guérites proposent du vin et de l’eau de vie faits maison (vendus dans des bouteilles de coca cola de 1,5L), des fruits et des légumes. Sur la route, on nous tend des grappes de raisin et des pêches délicieuses.

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    Petits etals au bord de la route à Areni

    Bien que mon ventre ne soit pas apte à la dégustation de vin, nous faisons la visite de la cave d'Areni. Créée en 1994, elle produit environ 200 000 bouteilles par an et emploie une douzaine de personnes à l'année. La production est vendue essentiellement en Arménie mais aussi à Moscou. Nous loupons d'une semaine le début des vendanges.
    Perrine profite d'une petite séance de dégustation à laquelle je participe modestement. Nous découvrons un vin très sucré et aux forts arômes de fruit.


    Fabien

    *Na zdorovje : santé!

     

    Lac de Sevan, pêcheur et paysan

     

    En faisant nos courses dans une petite épicerie de la première ville au bord du lac de Sevan, nous sommes accostés par deux jeunes: " qu'est ce que vous cherchez, d'où vous venez?" Ils sont curieux et veulent nous rendre service. Ils nous proposent alors de nous emmener au bord du lac dans un endroit calme pour planter la tente. Le lac est à 2000 m d'altitude, immense et bordé de montagnes. Derrière nous, une forêt de peuplier nous accueillera pour la nuit. La soirée a été écourtée car les moustiques étant plus virulents que jamais, on a passé notre temps à se donner des claques en espérant en avoir au moins quelques uns... 

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    Un bateau de pèche sur le lac de Sevan


    Ambiance estivale au lac de Sevan... avant la tempête.

    La baignade du matin nous revigore, et nous repartons tout frais vers la nationale, en direction de Vardenis où nous avons contacté une famille "Accueil Paysan". Ce réseau français a été créé dans les années 80 pour répondre à une réflexion sur la manière d'aider les paysans à se maintenir sur leurs terres, les pratiques culturales non polluantes, la désertification du monde rural, sur des bases d’éducation populaire. Ils ont plus récemment développés ce réseau à l'international pour fédérer les structures d'accueil partageant les mêmes valeurs. 

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    Razmik trait ses quatre vaches, le matin et le soir

    Comme de nombreuses petites villes en Arménie, Vardenis n'est pas d'un attrait fulgurant.
    On dirait que le temps s'est arrêté depuis la fin de l'Union Soviétique, laissant derrière lui des reliques et de l'inactivité. Usines désaffectées, carcasses de voitures servant de clôtures entre les près, routes défoncées et parcs peu entretenus.... mais surtout toutes ces familles qui n'ont aujourdhui plus d'autres revenus que celui issu de l'agriculture. Ainsi, tout le monde est paysan. Une vache, au mieux quelques unes, servent à produire lait, beurre, et fromage, des poules, parfois des cochons, un potager... Les maisons sont vétustes et on imagine la difficulté des hivers aux températures atteignant les -20 degrés.

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    Monastère de Makénis, construit au 9ème siècle.

    Nous sommes accueillis par le couple Razmik et Gayane et leur belle fille, Astrik. Cette dernière est prof d'anglais au collège et parle aussi le français. On en profite pour échanger, et en savoir un peu plus sur la structure de la famille arménienne. Astrik vit avec son mari et sa fille de 3 ans chez ses beaux parents. Son mari travaille loin et elle se prépare pour la rentrée des classes, qui est demain. Elle nous raconte que dans chaque famille, le dernier fils doit rester avec ses parents. Il devra ainsi prendre soins d'eux et de la maison pendant leurs vieux jours.

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    La petite fille aide à la confection de confiture de Cornouille

    Avoir au moins un fils est très important pour les arméniens, et on comprend mieux maintenant la composition des foyers qu'on avait pu observer jusque là. Difficile d'expliquer que chez nous, on met les vieux dans des maisons de retraite et qu'à 20 ans on habite souvent loin de nos familles.
    A 7h du matin, nous accompagnons Razmik qui sort ses 4 vaches. L'air frais qui souffle sent l'automne. Lentement, nous nous dirigeons au bout de la rue, pour attendre le reste du troupeau qui arrive. Les vaches des familles sont gardées en commun par deux bergers. Ils passent dans la rue principale pour les récupérer au fur et à mesure qu'ils s'avancent hors du village. Nous les suivons, moi avec l'appareil en bandoulière, Fab avec l'enregistreur, pour saisir ces instants ou l'ambiance est si particulière. 

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    Les vaches sont sorties par les bergers hors du village où elles passent la journée.

    Ils s'arrêtent dans des prés où les vaches semblent se régaler des résidus de culture de blé. Ils enchaînent les cigarettes, le regard triste. La discussion reste malheureusement limitée car ils ne parlent pas russe. Ils se demandent ce qu'on fait là, visiblement pourquoi on s'intéresse à eux.

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    Les bergers 

    En quittant Vardenis, nous rencontrons une jeune fille avide de parler anglais et de rencontrer des étrangers. Elle est toute contente et nous invite dans l'atelier où sa mère travaille avec une dizaine d'autres femmes à la fabrication du lavach, pain traditionnel arménien. Ce sont des sortes de grosses crêpes qui sont lancées dans un four à haute température, puis ressorties moins d'une minute plus tard. Elles s'affairent et nous observent curieusement. La bouteille de vin (achetée à Areni) offerte par Fabien leur plaît particulièrement et elles ne cessent de le complimenter: "un gentlemen"! De notre côté, on repart avec un tas de lavach sous le bras, qu'on appréciera spécialement lors de nos futurs repas de camping.

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    Atelier de lavach à Vardenis

    Un monastère nous attire particulièrement. Il n'est pas très loin de Vardenis et nous éloigne du lac en direction des montagnes.
    Chacun de ces monuments qui soulignent le caractère religieux du pays est empreint d'un caractère spécial et situé sur des sites particuliers. Surplombant des gorges, sur les hauteurs du lac, perchés sur des collines...
    Le temps change radicalement et les nuages annoncent l'orage.


    A makénis, l'orage n'est pas loin et le vent siffle dans les rues du village.

    Toujours ces mêmes bâtiments abandonnés jonchent le bord des routes, puis des maisons défraîchies avec les animaux et des réserves de foin autour.

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    Nous faisons un petit tour, puis redescendons doucement, jusqu'à ce que l'on nous propose la fin du trajet sur un camion de foin qui redescend de la montagne. C'est parti, d'autant plus que le ciel devient de plus en plus menaçant. Encore une belle rencontre. A la fin du trajet, nous sommes invités à boire un café bien chaud dans la famille d'Artach. Sa mère, sa femme Raïs, et son jeune fils Stepan sont aussi présents. Nous comprenons rapidement qu'ils font de la pisciculture car il y a un grand bassin devant la maison avec des truites. Ils nous disent aussi qu'ils élèvent des écrevisses et truites péchées dans le lac. Comme nous posons de plus en plus de questions à ce sujet, ils nous proposent de revenir le lendemain en fin de matinée.  

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    Durant l'époque soviétique, les prélèvement d'eau pour l'irrigation ont fait dangereusement baissé le niveau du lac de Sevan. Depuis quelques années, un vaste programme permet la remontée progressive des eaux au détriment de certaines habitations... 

    Artach revient tout juste de la pèche le jour suivant quand nous arrivons. Il part à 6h du matin quand le soleil n'est pas trop haut, puis relève les 300 cages pour y recueillir les écrevisses. Il les gardera jusqu'au mois de décembre car elles se vendent deux fois plus cher à cette époque. Elles seront rachetées par une firme qui les exporte vers l'Europe, la Russie et les Émirats Arabes. Cela fait seulement dix ans que les écrevisses sont dans le lac, et Artach ne sait pas vraiment comment elles sont arrivées là.
    Stepan, sort à l'épuisette quatre belles truites "Farel" du bassin, puis Raïs pioche dans la cage d'écrevisses fraîchement péchées. 

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    Stepan sort les truites du bassin.

    Elles les prépare ensuite dans une grande marmite d'eau bouillante, avec des herbes du jardin (basilic, fenouil, persil et coriandre) et des pommes de terre pour accompagner. Nous sommes servis comme des rois et on se régale, tous serrés autour de la petite table, dont un lit sert aussi de banc. Plusieurs visiteurs viennent aussi piocher dans les plats avant de repartir comme ils sont venus. C'est d'une réelle simplicité et on se sent tellement à l'aise! Artach nous confie qu'un de ses plaisirs, c'est de se faire un match de foot avec une bière et un plat d'écrevisse. C'est toujours un peu décevant de devoir repartir si vite. Nous leur donnons notre e-mail, en espérant qu'ils nous contacterons dès qu'ils auront mis en place l'ordinateur récemment acheté, qu'un de leur fils doit leur apporter de la capitale demain.  Nous repartons chargés une fois de plus, avec des pommes du verger et un bon kilo d'écrevisse.... qu'on partagera avec un couple d'allemands qui nous prendra en stop dans leur camion.  

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    Monastère de Sevan

    La pluie est au rendez-vous, le lac est déchaîné, et les nuages bas. Nous remontons vers le nord. Les quelques jours qu 'il nous reste, nous choisissons un peu au hasard de les passer dans une des vallées qui remonte jusqu'à la frontière Géorgienne. Nous sommes loin des sentiers battus et décidons de longer la vallée à pied et prendre le temps d'apprécier le paysage. Ambiance brumeuse, usines du fond de vallée dévastées, vieux bâtiments soviétiques. Encore une fois, c'est irréel et nous nous questionnons encore plus quand on rencontre un vieux monsieur qui nous propose d'aller chez lui. L'un des bâtiments dont nous supposons qu'il devait être un hôtel autrefois a été transformé en ferme. Une des chambres à l'étage lui sert de pièce à vivre. A l'intérieur le strict minimum... même pas l'eau courante et un poêle dont le conduit sort par une fenêtre cassée.

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    Interieur post soviétique...

    Le petit vieux est maigre et son manteau est miteux, mais il fume avec un porte cigarette et reste digne. On repart sur des sentiers qui remontent un peu à travers les forêts et les champs, et après une bonne grimpette sans plus trop de chemin d'ailleurs, nous arrivons sur le plateau qui surplombe les gorges. On ne s'attendait pas à trouver tous ces petits villages et ces champs tout juste fanés. Nous trouvons un arbre accueillant près d'un lac où nous dormons "à la belle" car la tente trempée de la veille est encore plus humide que l'air ambiant!  

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    Nous finissons l'étape arménienne sous un grand ciel bleu, on peut enfin faire sécher les affaires et apprécier pleinement les alpages sur les hauteurs. Un boulanger nous prend en stop en direction de la frontière. Il nous gâte comme des gamins avec des petits pains et du chocolat.
    Le passage de la frontière aura été le plus facile depuis notre départ. En 10 minutes et sans visa c'était réglé... pas de doute on se rapproche de l'Europe!

    Perrine

     

    Soulèvements paysans, ni Dieu, ni maître, égalité des sexes


    Non, ce n'est pas le programme d'un syndicat paysan anarchiste, à moins qu'il n'en ait existé à la fin du premier millénaire de notre ère. Il s'agit d'une chronique historique résumant les soulèvements paysans qui ont eu lieu dans la région du Monastère de Tatev, entre le 10ème et le 11ème siècles. Des revendications étonnamment modernes...

    Récit recopié sur un panneau d'explication, dans le Monastère de Tatev

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