• L'agrinature...

    L'agrinature...

     

    ... ou l'art d'économiser la nature en écologisant nos cultures

     

    L'agrinature est un concept développé par Olivier Turquin, ancien professeur à l'Université de Grenoble, que nous avons tous deux rencontré il y a quelques années à la Fédération des Alpages de l'Isère. Partageant une même vision de l'agriculture, nous avons décidé de contribuer à l'émergence de ce nouveau concept fédérateur, l'agrinature, qui fait écho au sens que nous voulons donner à notre voyage : mettre en avant la nécessité de gestion durable des ressources naturelles par l'agriculture, montrer l'importance du lien humain dans le travail agricole. L'agrinature, c'est pour nous une façon de théoriser notre approche.
    Une contribution au rapprochement entre Nature et Agriculture, Nature et Humanité, qui sera concrétisée à notre retour, par la participation à la rédaction d'articles sur le net et dans la revue "l'âge de faire".

    Voici ci dessous, un résumé qui reprend pour l'essentiel l'article de présentation de l'agrinature, écrit par Olivier Turquin.  

     

    Le concept d'agrinature est né d'un constat : l'importante contradiction entre les pratiques de l'agriculture moderne et la nécessité de préservation de l'écosystème que représente notre planète Terre. Aujourd'hui, nombre d'agriculteurs et de citoyens ne savent plus ce qu'est l'agriculture ni "un bon agriculteur".
    Doit-il faire de l'agriculture raisonnée, conventionnelle, contractuelle, paysanne, durable, de conservation, à haute valeur environnementale, vendre à la coop ou à la ferme ou faire de l'agritourisme...? Doit-il rester un mécanicien passionné, redevenir paysan, devenir "éco-ingénieur" ou encore gestionnaire des infrastructures naturelles? Quelle est aujourd'hui sa mission : produire de la nourriture, de la nature, du cadre de vie, des carburants? Quelles sont ses compétences : gérer un écosystème, manager une entreprise ou appliquer des directives? Doit-il travailler seul ou avec d'autres, transformer, vendre ses produits ou proposer des services? Comment être un "bon" agriculteur qui produit sans être un "mauvais" citoyen qui pollue? En se posant ces questions, les agriculteurs sont au coeur d'enjeux qui concernent l'ensemble des activités humaines qui mettent à rude épreuve les capacités d'une biosphère (provisoirement?) hospitalière. 

     

    En effet, quelle que soit notre définition de la nature, force est de constater que les dernières décennies ont vu la multiplication d'actions néfastes à notre environnement, considérées comme une fatalité inscrite dans la nécessité du progrès. "les agriculteurs sont les spécialistes de l'artificialisation de la nature. Qui donc oserait le leur reprocher car nous en propfitons tous". (Roger Brunet, 1994)
    C'est le résultat de la modernisation qui a provoqué la métamorphose du paysan en exploitant, passé d'un rapport domestique à la plante et l'animal à un rapport industriel où la performance est jugée sur quelques critères seulement. La croissance est devenue l'alpha et l'omega ; l'étable une usine. 

     

    L'agrinature a pour but de faire émerger une nouvelle façon de penser : concilier Humanité et Nature. Telle est l'ambition que pourraient se donner les tenants de l'agrinature dans un contexte où tout porte à croire que, pour accueillir neuf milliards d'humains sur notre planète en 2050, seule la simplicité volontaire des plus nantis autorisera un développement durable des plus démunis. Cela passera vraisemblablement par un chagement de nature de l'agriculture conventionnelle conduisant à une désintensification des systèmes de production conventionnels et par le développement d'une agriculture écologiquement intensive

     

    L'agrinature pourrait provisoirement se définir comme l'art d'économiser la nature - dans son sens premier, de l'épargner, de la ménager, de la gérer avec mesure - et d'écologiser nos cultures - dans tous les sens du terme - au bénéfice de l'humanité et de sa niche écologique.
    L'objectif n'est pas de mettre la nature sous cloche, hormis quelques cas exceptionnels, mais au contraire, de réfléchir à une gestion et une fréquentation pacifique et harmonieuse de la nature "ordinaire". Il importe d'un côté, de passer les "certitudes écologistes" au crible du bon sens paysan, et de l'autre, de redécouvrir les équilibres naturels cachés sous 25 ans de pratiques productivistes.

    Nos propos visent à inciter les agriculteurs et les citoyens consommateurs que nous sommes à considérer la nature, non comme un ennemi à soumettre, mais comme une alliée, comme une "collègue de travail" qui nous aide à "habiter poétiquement la terre", (Friedrich Hôlderlin, 1967) et à "vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre" (Gandhi).